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Séminaire Orléanais de Linguistique

Séminaire Orléanais de Linguistique


Lieu : LLSH - salle 56

Horaire : 14h30

Invitée :  Yanka Bezinska (Grenoble, LIDILEM) Encodage des situations causatives en français et en bulgare

=======RÉSUMÉ========

La notion de causativité est une catégorie fondamentale de la conceptualisation humaine du monde (Shibatani, 2002). Elle renvoie à une réalité complexe, la situation causative, où quelqu’un fait agir quelqu’un d’autre ou bien provoque un changement d’état/de position chez ce dernier (Le clown fait rire les enfants ; Jean casse le jouet). Par ailleurs, la causativité constitue une propriété universelle de la grammaire des langues (Agbo, 2014). Autrement dit, chaque langue possède ses propres moyens pour exprimer cette notion cognitive de base : des unités lexicales (melt - fondre, break - casser, kill – tuer en anglais), des procédés morphologiques (öl - mourir → öl-dür - tuer en turc) et des constructions périphrastiques (make cry – faire pleurer en anglais) (Dixon, 2000).

La présente recherche traite de la causativité dans une perspective contrastive et développementale. Deux langues typologiquement différentes, le français et le bulgare, sont confrontées ; celles-ci n’utilisent pas les mêmes mécanismes causatifs (prédit complexe faire + Vinf en français vs procédés lexicaux, morphologiques et périphrastiques en bulgare). L’étude vise donc à répondre à trois principales questions. Premièrement, quels sont les moyens linguistiques (causatifs et/ou non causatifs) que les locuteurs utilisent pour encoder une situation causative ? Deuxièmement, quel est le rôle de la complexité morphosyntaxique dans le processus d’acquisition des formes causatives ? Troisièmement, quels sont les différents niveaux de maitrise des mécanismes causatifs ?

Notre étude inclut 209 participants, dont 113 francophones (71 enfants et 42 adultes) et 96 bulgarophones (56 enfants et 40 adultes). Tous sont des locuteurs natifs monolingues. Les enfants sont répartis en trois tranches d’âge (3-4 ans, 4-5 ans et 5-6 ans). Ils sont enregistrés à l’école maternelle, dans le cadre de trois tâches expérimentales : production (visionnage d’extraits de dessins animés illustrant des situations causatives), compréhension (simulation de situations causatives avec des figurines) et imitation (production en présence d’un modèle structural adulte). Les adultes sont interviewés sur leur lieu de travail et prennent part uniquement à la tâche de production. Tous les entretiens sont individuels et ponctuels.

Les résultats de cette recherche peuvent être résumés en trois points. Premièrement, la situation causative n’est pas toujours encodée par les formes qui lui sont propres. Elle est souvent décomposée en micro-situation cause (La fille fait des grimaces), en micro-situation conséquence (L’enfant rit) ou les deux à la fois (La fille fait des grimaces et l’enfant rit). Deuxièmement, c’est la complexité formelle et non sémantique des mécanismes causatifs qui rend leur acquisition difficile. Toutefois, des facteurs tels que la disponibilité des formes causatives (ou fréquence dans l’environnement langagier) et leur fiabilité (ou spécialisation dans l’unique expression de la causativité) jouent un rôle crucial dans le processus développemental. Troisièmement, entre 3 et 6 ans, les enfants francophones et bulgarophones comprennent très bien le sens causatif et en présence d’un modèle structural adulte, leurs productions s’améliorent sensiblement.

Agbo, Maduabuchi S. 2014. Causativity in Ìgbò Personal Names. Journal of Universal Language 15 (2). 1-33.
Dixon, Robert M. W. 2000. A Typology of Causatives: Form, Syntax and Meaning. In Robert M. W. Dixon and Alexandra Y. Aikhenvald (eds.), Changing Valency: Case Studies in Transitivity, 30–83. Cambridge: Cambridge University Press.
Shibatani, Masayoshi. 2002. Introduction: Some Basic Issues in the Grammar of Causation. In Masayoshi Shibatani (ed.), Typological Studies in Language (Vol. 48), 1–22. Amsterdam: John Benjamins Publishing.

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En ce qui concerne les prochaines séances, voici un calendrier prévisionnel (certaines dates ont pu changer) :


==CALENDRIER SOL 2018/2019==

08 novembre - Yanka Bezinska (Grenoble, LIDILEM) Encodage des situations causatives en français et en bulgare
29 novembre - Xiaoliang Luo (École Polytechnique/Tours, LLL) Quelle phonologie pour quel chinois ?
** décembre - ***
24 janvier - Ronny Meyer (INaLCO, LLACAN) sur le marquage de cas dans une langue éthio-sémitique
14 févrer - Olivier Bonami (Paris 7, LLF)
** mars - ***
** avril - ***
** mai - ***
** juin - ***

 

Date: 
Jeudi, 8 Novembre, 2018 - 14:00
Participants Laboratoire: