Vous êtes ici

SOL : Séminaire Orléanais de Linguistique

Dans le cadre de son Séminaire Orléanais de Linguistique, le laboratoire LLL accueillera Basma Elsayed (Université de Mansoura) le jeudi 2 mai. La séance aura lieu à l'Université d'Orléans, en salle 056 à partir de 14h. Vous trouverez également un calendrier prévisionnel des séances suivantes en fin de courriel.

=======RÉSUMÉ========

Intervenant : Basma Elsayed (Université de Mansoura)

Sujet : Analyse sémiotique comparative entre les albums de la BD Persepolis et son adaptation filmique

Au terme de notre thèse, il est temps de synthétiser tous les résultats auxquels nous sommes parvenue au cours de la recherche qui porte sur l’analyse sémiotique de la BD Persepolis de Marjane Satrapi et de son adaptation filmique. Dans le premier chapitre, nous avons abordé la BD Persepolis qui est formée de deux composants essentiels et inséparables : l’image et le discours. Ces deux éléments, qui se conjuguent dans une parfaite harmonie, jouent un rôle indispensable dans la transmission des événements du récit tout en explicitant les détails et les émotions. Cette BD en noir et blanc, qui nous raconte l’autobiographie de l’auteure iranienne Marjane Satrapi, regorge de faits et de créativité qui font forcément matière à une analyse sémiotique intéressante. Notre analyse sémiotique – basée sur les travaux de l’école parisienne de Greimas – reflète l’idée de génie de la compréhension et de l’interprétation de sens. Elle se divise en trois niveaux : le niveau thématique, le niveau narratif et le niveau figuratif. À travers le parcours génératif greimassien, nous avons suivi les démarches de l’analyse de ces trois niveaux en vue d’expliquer la relation image/discours et de montrer également la complémentarité entre ces deux éléments. Dans notre thèse, nous voyons comment l’analyse sémiotique de l’image doit être objective et basée sur la référence visuelle. Si le niveau thématique gravite autour des valeurs profondes représentées par des carrés sémiotiques qui contiennent les thèmes du récit organisés par les trois relations suivantes : la contrariété, la contradiction et l’implication, le niveau narratif est une présentation des programmes narratifs de la BD à travers le modèle actantiel qui se compose de six actants – le sujet, l’objet, le destinateur, le destinataire, l’opposant et l’adjuvant – lesquels jouent les six fonctions constatées dans les événements du récit. Quant au niveau figuratif, il nous a permis de préciser les aspects d’articulation de l’histoire parmi les scènes de la BD, qu’ils soient spatiaux, temporels ou actoriels, grâce à l’agencement du discours et de l’image. Ces trois niveaux de l’analyse s’allient pour nous permettre d’atteindre le sens inhérent à la BD et d’apprécier la créativité de Satrapi sur les plans discursif et artistique. Dans le deuxième chapitre, nous avons analysé sémiotiquement l’adaptation cinématographique de Persepolis. Mais avant d’y procéder, nous avons dévoilé ce qu’est la sémiotique du cinéma et nous avons découvert la contribution majeure de Christian Metz, le fondateur de ce domaine, grâce à qui nous avons savouré le cinéma et son langage. Sans doute, c’est un langage visuel par excellence. De plus, nous avons étudié ce qu’est une adaptation cinématographique qui peut être fidèle ou libre. Notons que Marjane Satrapi a fait un mélange dans son adaptation filmique entre la fidélité et la liberté quand elle associe le réel à l’imaginaire par sa propre manière qui n’appartient qu’à elle-même. Les techniques cinématographiques adoptées dans le film se caractérisent par le rythme discontinu dans l’incarnation d’une image nette et vivante, par la fragmentation visuelle parue à travers les mouvements, le cadrage, le montage, la voix-off et la musique accompagnée. Dans l’analyse sémiotique du film Persepolis, nous avons trouvé une variation dans le fonctionnement des figures, notamment dans les figures temporelles. En effet, Marjane Satrapi mentionne des dates différentes pour les mêmes actions ou ne cite pas de date dans la plupart des cas. En outre, elle supprime quelques scènes et personnages pour respecter la durée normale d’un film ou plutôt pour retracer seulement sur l’écran les moments qui occupent une place primordiale de sa vie. Le troisième chapitre constitue l’aboutissement des deux premiers chapitres. En effet, nous y avons essayé de résoudre la problématique de la recherche à travers la comparaison sémiotique, en décelant les points de convergence et de divergence entre les deux supports artistiques (la BD et le film). Nous avons abordé les points communs entre les deux supports comme la simplicité du dessin, la conformité entre l’image et le discours, la force de la langue et la force de l’image. De fait, la BD et le film Persepolis se superposent dans la transmission d’une image vivante qui s’appuie essentiellement sur la simplicité du dessin et la complémentarité entre l’image et le discours. Les traces de Marjane Satrapi se voient clairement, au niveau de l’écrit, dans son utilisation habile de la négation et de l’interrogation qui vérifient la force de la langue, et en parallèle dans l’expression à travers les images qui déclarent également sa force pour dire ce qui n’est pas dit par les mots. Par ailleurs, nous avons mentionné les points distincts entre les deux supports et qui se trouvent seulement dans l’adaptation cinématographique de Persepolis comme la suppression, la complexification, la substitution, la condensation, la voix-off et l’enchevêtrement. De surcroît, nous avons mis en parallèle la BD Persepolis et son adaptation filmique dans une analyse sémiotique comparée. Nous avons confronté quelques scènes de la BD et du film en comparant les figures actorielles, temporelles et spatiales. De cette analyse, nous avons constaté que les ressemblances et les dissemblances ne sont pas le fruit d’un pur hasard mais dépendent de la nature technique de chaque support artistique et des visées de Marjane Satrapi. De la comparaison, nous avons remarqué que l’adaptation cinématographique de Persepolis manque parfois de précision, comparée à la BD, particulièrement en ce qui concerne les références temporelles. Bien que chaque support artistique ait une spécificité inhérente à sa nature, Marjane Satrapi déclare très haut dans la BD et le film que l'être humain est le même partout dans le monde et a les mêmes rêves. Dans ce travail, les résultats de l’analyse tout au long des trois chapitres confirment l’hypothèse de départ qui impose la compréhension du discours et de l’image conjointement afin d’atteindre le sens. Dans Persepolis, qu’il s’agisse de la BD ou du film, l’image et le discours ont une relation réciproque et complémentaire dans la lecture du sens. Nous avons joui de la combinaison de ces deux éléments qui fait naître et le sens et les émotions. En général, Marjane Satrapi dessine ce qu’elle veut dire et vice-versa. D’ailleurs, l’image nous a énormément aidée à interpréter correctement les intentions et les allusions de l’auteure dans le discours parce que celle-ci a réussi à manier ses dessins pour exprimer ses idées et ses sentiments, par le biais des gestes, des mimiques, des expressions du visage, du langage du corps, etc. C’est pourquoi nous n’avons trouvé aucune confusion lors du déchiffrement du sens des images. De surcroît, la sémiotique joue un rôle essentiel dans l'analyse des images et des textes d’une part et dans la manipulation cinématographique d’autre part parce qu’elle éclaire les rôles que peuvent jouer les personnages dans l'oeuvre narrative. La sémiotique aide également à identifier, caractériser et comprendre l'interrelation entre les personnages de l'oeuvre, et la mesure dans laquelle ces relations affectent bien le développement de l'intrigue narrative et dramatique du début à la fin. Nous avons donc analysé sémiotiquement le texte écrit et les images fixes dans la BD d’une part, et le discours oral et les images animées dans le film d’autre part. Le rôle de la sémiotique s’est concrétisé de plus en plus dans la dernière partie de notre thèse qui contient la comparaison des différentes figures dans les deux supports. Nous pouvons confirmer que l’analyse sémiotique, comme exploration panoramique des problèmes posés par la production et la diffusion des images et du discours, s’est avérée le choix le plus adéquat pour cette recherche, surtout l’approche basée sur l’École de Paris de Greimas. De plus, notre travail prouve que les adaptations cinématographiques doivent être vues, étudiées et analysées sémiotiquement comme un produit hybride résultant de la fusion de plusieurs auteurs, cinéastes, arts et cultures, d’autant plus qu’il s'agit d'un processus dynamique et interactif entre des supports artistiques différents. À travers l’analyse de Persepolis, nous pouvons confirmer que Marjane Satrapi est un cas unique dans le monde de la bande dessinée francophone : elle est une femme iranienne qui écrit et dessine son autobiographie ou presque son journal intime d’après sa propre expérience en utilisant un genre d’écriture qui n’est pas courant dans le monde. En fait, nous avons totalement apprécié son style, son ton, son autodérision, ses intervalles de lucidité, son humour, son ironie, sa conscience, … Quand nous pensons à Persepolis, nous pensons à Marjane Satrapi elle-même qui est si proche de son personnage. Ses souvenirs d'enfance en Iran pendant la révolution et pendant la guerre Irako-iranienne puis ceux d’adolescence à Vienne sont criants de naturel et de vérité. Par notre étude détaillée de la BD et de son adaptation filmique, nous avons nouvellement découvert l'Iran à travers ses yeux et son regard pendant des phases différentes du pays et nous avons progressivement suivi l’évolution de Marjane au cours des événements : nous la voyons grandir et, quelque part, nous grandissons avec elle parce que Marjane a réussi à nous faire vivre Persepolis ! Dans Persepolis, les répressions politiques, culturelles et religieuses en Iran sont bien plus que Marjane ne peut les supporter. À travers l’histoire, elle nous livre son point de vue comme témoin de l'Iran dans les années 70, 80 et 90 avec un humour et une prise de conscience toute personnelle qui nous font complètement vivre les actions de l'intérieur du point de vue de ceux qui l'ont vécu et non de ceux qui en ont entendu. Dans les deux supports, Satrapi adopte des dessins en noir et blanc pour exprimer une période sombre de l'histoire iranienne d’après sa propre vision des choses. Si les dessins sont très basiques, ils restent quand même agréables. La BD Persepolis est merveilleusement racontée et son adaptation filmique est également un véritable bijou d'humour et d'émotion qui mérite d’être apprécié. À notre sens, Persepolis est une leçon d'humanité et de courage pour toutes les femmes. Marjane Satrapi nous livre ses souvenirs et son expérience personnelle, dans une histoire prenante représentant la victoire de l’auteure dans le monde de la bande dessinée et des dessins animés. Nous y adhérons assez rapidement et nous devenons une des admirateurs de Satrapi comme dessinatrice, auteure, narratrice et réalisatrice. Il faut dire que la BD Persepolis et son film se complètent admirablement. Chapeau bas à Marjane Satrapi ! Quel magnifique talent ! Il nous reste un dernier mot à dire pour ouvrir de nouvelles perspectives aux futurs chercheurs qui voudraient travailler sur des BD et/ou analyser généralement des adaptations cinématographiques. Il est conseillé de reporter la visualisation de l’adaptation filmique pour terminer la lecture de l’oeuvre originelle parce qu’il est préférable, d’après notre point de vue, de lire et de relire l’oeuvre avant de regarder son adaptation afin de mieux comprendre l’histoire et apprécier l’originalité du récit. Si Persepolis est un récit en BD puis un film de dessins animés en noir et blanc, il est haut en couleurs sentimentales. Après ce travail, et convaincue du brillant avenir de la BD hyper-médiatique, nous éprouvons un grand enthousiasme et une soif de continuer les expérimentations artistiques en bande dessinée, soit littérairement, soit cinématographiquement, qui nous mèneront à des recherches très intéressantes. Notons qu’une finalité peut en cacher un début !

====================


==CALENDRIER SOL 2018/2019==

27 septembre - Anne-Lyse Minard (Orléans, LLL) Extraction d'information en domaine général et en domaine de spécialité

18 octobre - Alain Sanou (Ouagadougou) sur l'oralité dans la culture bobo

08 novembre - Yanka Bezinska (Grenoble, LIDILEM) Encodage des situations causatives en français et en bulgare

22 novembre - Xiaoliang Luo (École Polytechnique/Tours, LLL) Quelle phonologie pour quel chinois ?

24 janvier - Ronny Meyer (INaLCO, LLACAN) Argument marking in Muher

14 févrer - Olivier Bonami (Paris 7, LLF) Les paradigmes en flexion et en dérivation: une approche quantitative

07 mars - Sascha Diwersy (Montpellier, Praxiling) Collocation(s), motifs lexico-grammaticaux, principe idiomatique : la Grammaire lexicale de Sinclair et l'analyse des corpus

21 mars - Laurent Besacier (Grenoble, LIG) Automatic Speech Recognition: Introduction, Current Trends and Open Problems

11 avril - Silvia Kouwenberg (Mona, University of West Indies) Reduplication in Caribbean Creole languages: typological perspectives

02 mai - Basma Elsayed (Université de Mansoura) Analyse sémiotique comparative entre les albums de la BD Persepolis et son adaptation filmique

13 juin - Stefano Manfredi (CNRS/SeDyL)

Date: 
Jeudi, 2 Mai, 2019 - 14:00
Participants Laboratoire: